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** Je mets en ligne les 3 parties de cette historiette écrite au fil de l’année passée!  On y sent bien la progression de Bouba!

Bouba 2

Bouba la baleine porte un lourd chagrin. Il prend place dans son ventre comme un baleineau qui grandit et qui prend tout l’espace disponible en se nourrissant de sa mère. Tout comme le baleineau, le chagrin se développe en elle et envahit son corps.  Il lui prend toutes ses énergies. Il devient de plus en plus difficile pour Bouba de remonter prendre l’air à la surface.

Son corps est lourd, engourdi, ses gestes sont plus lents et maladroits.  Elle resterait là, sous l’eau, à flotter et à dormir, à attendre que cela passe.  Par contre après un certain temps sous l’eau, loin des bruits et de la lumière, le risque de se noyer est grand.  Elle étouffe et doit faire de gros efforts pour remonter prendre l’air. Là aussi c’est difficile pour elle de rester à la surface de l’eau.  Beaucoup de bruits, de monde, de distractions. Le poids de son baleineau l’attire au fond.  La tranquillité et la paix aussi.  Il y a une sorte d’engourdissement rassurant qui s’installe loin de tous et de tout.
Mais cela ne peut plus durer.

Ces allers et retours sont épuisants. 19 mois, c’est beaucoup trop long comme gestation même pour une baleine! Il faudrait laisser sortir le baleineau, lui laisser une vie autonome, indépendante de la sienne.
Ce n’est pas facile un accouchement!!  Des forces incroyables sont mobilisées; des poussées à la fois intérieures et extérieures se combinent pour expulser cette partie de soi qui ne peut continuer à se nourrir d’elle comme une parasite encombrant! Elle voudrait retrouver l’aisance de ses mouvements, la faciliter de monter et descendre quand bon lui semble.  Prendre les gorgées d’air quand elle en a besoin et même s’amuser à faire exploser la surface de l’eau à coup de grands sauts et pirouettes.  Elle aimerait pouvoir nager librement et aisément, profiter de tout ce qui est là, vivant et présent.  Ne pas avoir besoin de retourner au fond si longtemps et si souvent.

Au fond, elle aimerait pouvoir y laisser son lourd chagrin. Même s’il fait partie d’elle, elle aimerait pouvoir le déposer et le voir évoluer à côté d’elle et non en elle.  Bien sûr, au début, il faudra s’en occuper, le ramener à la surface pour qu’il respire à son tour. Veiller sur lui et lui montrer comment évoluer sous l’eau mais aussi comment jouer sur et avec l’eau.  Ensuite… ils pourraient poursuivre leurs routes en parallèle?  Bouba pourrait le voir, le regarder, en profiter, mais pas devoir toujours le porter, l’entretenir et le nourrir de l’intérieur!!  Bouba a besoin de temps pour soi, de pensées positives  et agréables, de projets stimulants!!  Il faut laisser le baleineau sortir pour pouvoir ensuite le bercer et le laisser aller!

Ce grand chagrin a lui aussi besoin de plus d’espace que ce que Bouba peut lui offrir, veut lui offrir.  Il faudrait qu’elle reste au fond et s’agglutine aux algues et fonds marins, qu’elle renonce à la lumière, aux autres, aux bruits et… à la vie!!

Bouba ne le veut pas, ne le souhaite pas!!  Elle veut…un peu des deux.
Reconnaître ce grand chagrin, ce petit baleineau et lui faire une place mais aussi retrouver sa vie d’avant, son énergie d’avant ce grand chagrin, son autonomie!!

Le temps passe, la date de la grande expulsion se rapproche.  Des signes se font sentir, son ventre durci, sa volonté se fait plus grande…la peur aussi!!

Bientôt, très bientôt, Bouba donnera la vie à ce petit baleineau encombrant, à ce grand chagrin envahissant pour que deux ils puissent devenir, pour que deux ils puissent éventuellement grandir.
La trop longue gestation tire à sa fin, le grand moment est tout près!!

20 février 2015

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