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imageIl y a quelque temps, vivait un petit poisson bleu aux reflets rouges. Il était magnifique, était gentil avec les autres, avait une belle famille, de nombreux amis et un travail qui le passionnait. Il vivait dans une belle rivière d’eau fraîche et claire. L’eau chantait avec les roches et les obstacles de la rivière. De belles algues nourrissantes poussaient. C’était l’harmonie et l’équilibre pour le petit monde de la rivière.

Par un bel après-midi d’été, très chaud, alors que tous vaquaient à leurs occupations, le vent se leva et bouscula la nature autour de la rivière. Le vent souffla tellement fort qu’un vieil arbre, qui protégeait les baigneurs du soleil ardent, perdit une de ses grosses branches, qui tomba avec fracas dans la rivière. Cela arriva tellement soudainement que tous furent surpris! Personne n’a eu le temps de voir venir le coup ou de se mettre à l’abri. Dans sa chute, la grosse branche fouetta le petit poisson qui perdit une de ses nageoires. Le choc a été brutal et violent, la douleur intense. Petit Poisson survivra de sa grande blessure mais devra se donner le temps de guérir et de réapprendre à nager.

Au début c’était la stupeur et la torpeur. En plus des dégâts matériels à ramasser, il fallait réorganiser l’habitat de tous. Cette grosse branche entravait le cours naturel de la rivière, désorganisait l’ordre et les habitudes établis. Petit Poisson se mit à la tâche, avec les autres, afin de rassembler la famille, voir à ce que chacun se retrouve et soit bien. Il fallait aussi voir au parcours de la rivière, nettoyer autour, gruger les branches qui empêchaient l’eau de circuler, aménager les roches et obstacles afin que la rivière ne déborde pas. Petit Poisson fut aidé par plusieurs de ses amis et toute sa famille. Chacun donna ce qu’il pouvait afin de retrouver l’équilibre de la petite communauté.

Certains amis ne purent supporter la douleur vécue par Petit Poisson et les siens et s’éloignèrent. D’autres, que Petit Poisson ne connaissait pas, ont été touchés et ont voulu partager cette grande perte. Un nouveau réseau se tissa et se réorganisa autour et avec Petit Poisson. L’engrenage, la roue recommença à tourner, on se réorganisait dans la rivière et l’eau continuerait de couler.

Eau source de vie!  Enfin le printemps revient!

Au bout de quelque temps, l’eau se remit à couler plus librement dans la rivière, le chant de cette eau cristalline se réinstalla et fit chanter de façon différente les nouveaux obstacles, cette branche si laide et si grosse. L’Équilibre semblait revenu! Mais Petit Poisson n’allait pas bien. Sa nageoire blessée ne cicatrisait pas bien, elle ne repoussait pas, mais pire, elle semblait gruger Petit Poisson de l’intérieur. Alors que l’équilibre revenait dans la rivière, Petit Poisson lui se décomposait. Ses forces l’abandonnaient, il faiblissait et perdaient ses couleurs, sa joie, sa résistance. L’énergie ne circulait plus chez Petit Poisson.

Quelque chose était brisé en lui! Son regard d’habitude si clair et brillant ternissait. Il ne regardait plus au loin devant lui et n’avait plus de projets. Ses yeux regardaient à l’intérieur. Il entrait en lui, tentait de comprendre ce qui lui arrivait et comment s’en sortir. Petit Poisson passa quelques mois de léthargie, d’engourdissement comme lors des longs hivers si froids ou l’eau gèle presque jusqu’au fond. Il devait regarder à l’intérieur de lui et se réparer. Cette nageoire ne repousserait pas, elle ne serait plus là concrètement, mais Petit Poisson avait de beaux souvenirs de cette nageoire, de ce qu’ils avaient fait et vécu ensemble. Petit Poisson devait faire le deuil de sa nageoire, de ce qu’il était quand il était complet. Il lui fallait trouver une nouvelle façon de vivre, de nager.

Pendant que Petit Poisson se reconstruisait de l’intérieur, la vie continuait dans la rivière. L’eau coulait et créait de nouveaux paysages, la rivière modifia un peu sa trajectoire en intégrant cette branche. Au début, c’était un obstacle, mais pour le bien de la collectivité, il fallait trouver une place, une raison, un rôle à cette branche, l’intégrer au paysage pour ne pas garder l’image de destruction du début. L’eau chatouilla la branche, la sculpta, les autres poissons mangèrent ses feuilles. De nouvelles algues s’y greffèrent, ce qui améliora cette branche si brute. La lumière du soleil avait maintenant un chemin plus direct pour illuminer ce petit bout de rivière. Combinée à l’eau, la lumière du soleil permit à de la mousse d’un beau vert de pousser. Cette branche si laide, si morte et inutile reprenait vie. Elle se garnissait de mousse, d’algues et d’insectes. Elle s’intégrait doucement à l’écosystème de la rivière.

Petit Poisson, qui ne voyait qu’avec son œil intérieur depuis quelque temps, fut surpris un matin par son œil extérieur! La VIE, les couleurs, le chant de l’eau et des oiseaux lui revenaient à l’oreille! Cette branche si vilaine qui lui avait enlevé une partie de lui n’était pas que laide finalement. Elle avait permis à une nouvelle vie de pousser et d’enrichir le paysage. Sur un joli tapis de mousse, de petites graines semées par le vent prenaient racine et fleurissaient la branche. De plus, cette branche qui traversait la rivière de part en part, permettait au petit animal de visiter une partie de la forêt, difficile d’accès sans aile pour la survoler. Petit Poisson réalisa que malgré sa grande douleur et son immense perte, la beauté et la magie de la nature poursuivaient sa destinée. Lui seul pouvait décider de participer à ce miracle de survie ou… rester en retrait. Petit Poisson était déchiré : son œil intérieur lui permettait de mieux se comprendre, de faire la paix avec les événements et de retrouver l’harmonie, mais il était seul dans ce processus. Son œil extérieur lui montrait les beautés de la vie, mais sans pouvoir réellement les apprécier.

Il décida donc de partager son regard, un œil intérieur pour son cheminement personnel et spirituel, mais aussi un œil extérieur pour participer, avec les autres, à la poursuite de la vie! C’est ainsi que Petit Poisson prit le temps de se guérir et a pu continuer sa participation à la vie! Tout est question de temps et d’équilibre… entre les deux yeux!

octobre 2014

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